Oui, je sais, et on me le rappellera sûrement, tout ça, ça ne me regarde pas. Je ne suis ni président, ni syndicaliste, ni, encore moins, ministre. D’ailleurs, si j’avais à choisir, je choisirais plutôt syndicaliste : il n’a ni les tracas d’un président, ni les soucis d’un ministre. En plus, non seulement il ne bosse pas, mais en plus, c’est un CDU (Contrat à durée Indéterminée). La planque, quoi. Revenons maintenant à « Ã§a ne me regarde pas ». Justement, il se trouve par un heureux hasard que tout ce qui ne me regarde pas, ça m’a toujours regardé. Autrement dit - et bien dit - j’aime bien, j’adore regarder tout ce que qui ne me regarde pas. Alors c’est pour ça que j’ai tenu à regarder l’émission d’hier appelée si injustement « En direct avec vous ». À mon avis, on ferait bien de la rebaptiser : « En direct entre nous » car je crois qu’ils discutent bien entre eux et s’en fichent pas mal de nous. Je veux dire : de vous. Si vous n’avez jamais vu cette émission, je vais vous la décrire : vous avez un « animateur » qui doit être sûrement « animé » d’une bonne volonté, mais qui est, à mon humble et néanmoins avisé avis, plus « mateur » qu’animateur et qui se contente de poser des questions écrites ou décryptées bêtement sur le téléprompteur à ses « invités » triés sur le volet-copier-coller, d’attendre que chacun, un à un, termine sa litanie lue jusqu’à la lie, pour re-beloter, de nouveau, avec chacun, un à un, jusqu’au prochain machin à discuter. Et tout ça, en direct, sans peur et sans crainte du ridicule. Et un public. Un grand public. Un trop grand public. Sur de grands bancs publics. Pas un mot, pas un geste, pas un tic. Comme tous les grands publics. Mais hier, je croyais sincèrement que, pour une fois, ça allait être différent. Personne ne connaissait à l’avance « les invités », mais on connaissait, au moins, le menu : « La presse dans toute sa splendeur ». Offerte sur un beau plateau. Voyons voir ce plateau : bizarre, bizarre ! Nom d’une pipe ! Point de Président ! Sûrement retenu. Par la Présidente. Bon. Ça, à la limite, on peut le comprendre. Mais, point de Syndicaliste non plus, ça, c’est incompréhensible ! « Il s’est excusé à la dernière minute » s’est excusé le mateur presque inanimé. Ce n’est pas grave, parce qu’on a mieux : un ancien mais toujours journaliste malgré son nouveau grade de « sage » ; un nouveau mais toujours journaliste très bon à l’écrit, mais pas terrible à l’oral ; un ancien ministre, mais toujours professeur de droit d’être partout, et enfin, un ministre, un vrai. LE ministre de La Chose. Hier soir, je crois, sans complaisance aucune (je ne le cache pas : même si je ne l’ai jamais ménagé, c’est toujours mon pote) il était le seul à être vraiment à sa place. Et je trouve, subjectivement parlant, qu’il s’en est plutôt bien sorti. Il avait un discours de ministre, il parlait comme un ministre, il défendait comme un ministre, il attaquait comme un ministre, il griffait comme un ministre. Normal : c’est un ministre. Le ministre de la communication. Et donc, de la presse. Et donc des journalistes. Ainsi soit-il. De quoi parlaient-ils, tous ? De quoi ont-ils parlé, « entre eux » ? J’insiste parce que je présume que si vous ne faites pas partie de la Confrérie des Précieux (pas si) Pressés et Cie, vous allez sortir de l’émission comme vous y êtes entrés : dans les nuages. Il faut dire que ça planait haut. Très haut. Tellement haut que vous, simples quidams, à votre grand dam, vous étiez incapables de remarquer les coups bas. Et c’est la raison pour laquelle, et avec votre permission, je vais vous résumer ce que je pense avoir pigé : le Maroc ne doit pas se presser. « Ceux qui se sont pressés sont morts ». Quand on se presse d’aller trop vite, on se fait vite « attrapés ». Parce que les pressés sont des « irresponsables ». Car par leur « pressitude », ils transgressent les lignes rouges. Ou les lignes roses. 36-15 code Chikha. Alors on s’empresse de les mettre sous pression. Qu’ils soient avec bonne ou mauvaise intention, ils doivent toujours faire attention. C’est peut-être injuste, mais, comme dit l'art du son : la vie est injuste. La justice aussi, des fois. Plusieurs fois même, mais, ma foi, c’est le tribut à payer. À verbe tribal, sujet soumis. Si tu veux casser du sucre sur ceux qui se sucrent, il va falloir casquer. Un Max. Désormais, par exemple, pour diffamer une femme, il faut être un homme…riche. Pour pouvoir parler de dessous, il faut avoir plein de sous. C’est la loi. C’est l’État. C’est le droit. Et tu n’as pas le droit d’enfreindre la loi de l’État, fut-il de droit. Sinon, tu reçois un direct. En plein dans la gueule. Et tu la fermes. Et si tu ne veux pas, on attendra. On attendra que tu dérapes. On attendra le temps qu’il faudra. Le temps c’est de l’argent. Oui, monsieur l’agent. On a tout à gagner à attendre. On est en « transition ». On n’est pas pressés, NOUS. D’autres questions ?



PS qui n’a rien à voir : je n’ai pas parlé du contenu de « la convention collective » car les tickets resto, les reducs dans les trains et le lait en poudre pour les bambins, ça, franchement, ça ne me regarde pas.